« 6 semaines d’avance, quelles conséquences ? »

Date

Les news de la Dza | octobre 2023

PATRICK ECOFFEY, GARDE-FORESTIER

Nous sommes sans aucun doute au début d’une transition forestière qui dépasse largement notre imagination. 

 Les forêts présentent de sérieux signes de faiblesses liés aux périodes sans précipitations et aux canicules à répétitions. 

Cette année, les feuillus de certains secteurs, notamment les hêtres, ont perdu leurs feuilles avec plus de 6 semaines d’avance Qu’elles seront les conséquences de cette défoliation précoce ? 

Il est impossible de prédire le taux de mortalité et l’étendu des dégâts, est-ce que ces arbres feront preuve d’une résilience allant au-delàs de ce que nous sommes en droit d’attendre d’eux ? 

Ce qui est certain, c’est que la quantité de précipitation de l’hiver et du printemps prochain seront décisif. Ces arbres déjà affaiblis auront besoin d’eau en quantité pour pouvoir se réveiller et entamer une nouvelle période de végétation. 

Les changements qui attendent nos forêts ne sont point une illusion, les seules incertitudes résident dans leurs étendues et leurs temporalités. 

Les conséquences pour les humains qui bénéficient de ces forêts sont également colossalles.

Les fonctions forestières vont être mise à rude épreuve par le dépérissement des arbres. En voici quelques exemples succincts pour chacune des fonctions reconnues :  

Fonction de protection : 

Ces forêts prioritaires doivent impérativement conserver leur fonction au risque de devoir être remplacé par des ouvrages de protections (filets contre les chutes de pierres, paravalanches, …). Ces mesures de protections nécessiteraient des coûts de construction pharamineux. 

Aurons-nous les moyens financiers pour les mettre en place ? 

Conserver cette fonction de protection passe par la réalisation de coupe de mise en lumière importantes permettant l’installation de nouvelles espèces que nous espérons plus adaptés au futur climat. 

Fonction d’accueil : 

Il est difficile d’ignorer l’augmentation de la probabilité qu’un arbre tombe sur un sentier pédestre si le nombre d’arbres affaiblis augmente. Des sentiers devront probablement être fermé. 

Aurons-nous le courage de le faire et la tolérance de chacun à l’admettre ? 

Fonction de production : 

Certaines essences particulièrement propices à la construction, tel que l’épicéa et le sapin seront petit à petit plus rare en basse et moyenne altitude. Le bois énergie sera le grand gagnant de cette transition, heureusement car il nous permet de produire une énergie locale. 

Saurons-nous trouver des alternatives à ces essences dans la construction ? 

« Quand un arbre tombe on l’entend ; quand la forêt pousse, pas un bruit,… » 

Fonction de biodiversité : 

C’est certainement la fonction qui devrait le moins pâlir de ces importants changements en vue. Beaucoup de mesures d’améliorations d’habitats sont entreprises depuis plusieurs décennies et portent leurs fruits. Une certitude réside dans le fait que ce changement de climat amènera d’autres espèces végétales et animales dans nos contrées. Des espèces du Sud feront leurs apparitions au détriment d’une migration probable d’autres espèces vers le Nord, voire une disparition d’une partie d’entre elles. 

Saurons-nous faire preuve de la patience nécessaire, dans cette société du « tout vite » ? 

Et ailleurs ? 

Les endroits où les arbres dépérissant vont nous poser des problèmes sont plus que nombreux : 

  • Au bord des routes ; 
  • Au bord des voies ferrées ; 
  • A proximité des habitations ; 
  • A proximité des surfaces et des infrastructures agricoles. 

L’humain aura besoin de beaucoup de moyen financier pour pouvoir continuer à cohabiter et bénéficier des forêts comme il l’a toujours fait. 

Aurons-nous les moyens financiers à dispositions pour ces diminutions de risques ? 

Si non, sommes-nous prêts à admettre et tolérer ce risque sans vouloir toujours trouver un fautif dans cette société de « Il faut un fautif à tout » ? 

Il semble important de préciser que les fonctions forestières sont menacées mais en aucun cas les forêts en tant que milieu naturel. La capacité de résilience des forêts est immense et nous en sommes convaincus en tant que forestiers. Notre métier est de récolter les fruits passés tout en préparant les récoltes futures, espérons que celles-ci pourront être fonctionnelles et récoltées à temps… 

« L’arbre qui tombe n’est qu’un problème pour celui qui le vois ». 

Plus
d'articles